Claudie et Jean-Pierre Haigneré, l’unique couple spatial français

Il est en France un couple atypique, qui le serait moins aux Etats-Unis ou en Russie car plus nombreux, du fait que chacun exerce le même métier rare : astronaute ! Claudie et Jean-Pierre Haigneré ont chacun 2 vols spatiaux à leur actif. Bien qu’ensemble depuis le milieu des années 90, ils se connaissent dès 1985, date de la deuxième sélection d’astronautes du CNES dont ils ont fait tous les deux partie. Mais leurs vols respectifs ont lieu beaucoup plus tard et permettent au fil des entraînements et sélections de les rapprocher davantage à chaque fois, les suppléants nominés devenant titulaires à un vol suivant un enchaînement précis : Michel Tognini, 3ème français dans l’espace, a Jean-Pierre Haigneré pour suppléant, qui devient titulaire ensuite, et se voit adjoindre Claudie pour le suppléer éventuellement… Jusqu’à ce qu’elle effectue son premier vol et à nouveau, elle supplée son mari pour la deuxième mission de celui-ci en 1999…

Claudie Haigneré nait le 13 Mai 1957 au Creusot (Saône-et-Loire), seconde enfant d’une famille de 3 enfants. D’une impressionnante précocité, elle saute 3 classes dans son cursus scolaire, ce qui lui fait obtenir son bac scientifique haut la main à 15 ans ! De la même manière, elle réussit ses études de médecine et commence à exercer avant l’âge de 30 ans comme rhumatologue à l’hôpital Cochin à Paris, étapes de son parcours professionnel dans laquelle elle se trouvait au moment de sa sélection par le CNES tout en travaillant aussi au CNRS pour des expériences et de la recherche en neurophysiologie sensorielle. Elle accumule ensuite les spécialités médicales : cardiologie, médecine spatiale, médecine du sport, neurologie. Elle supervise même les expériences à bord de la station MIR de la mission Antarés de Michel Tognini en Juillet 1992.
Mais elle devient (et reste à ce jour) la première et unique femme française dans l’espace en décollant à bord du Soyouz TM-24, dès le 17 Août 1996, à 39 ans, pour effectuer un séjour de 2 semaines à bord de la station MIR sous l’égide du CNES, la mission Cassiopée, et elle y effectue des expériences essentiellement liées à la médecine. On la connaît encore en tant que Claudie André-Deshays. Puis 5 ans, une fille Carla née en 1998 et un mariage avec le papa, son collègue Jean-Pierre Haigneré, plus tard, Claudie devenue Haigneré est une astronaute de l’ESA, qui a choisi de regrouper ses astronautes européens en une seule institution depuis 1999, le Corps Européen des Astronautes. Assignée pour une deuxième mission, Andromède, elle devient aussi la première femme européenne à séjourner dans la récente ISS (un autre européen, l’italien Umberto Guidoni, l’a précédée quelques mois auparavant). Elle est même montée en grade à bord du Soyouz TM-33 en étant ingénieur de bord, alors que pour son précédent vol, elle était « simplement » expérimentateur. Pendant 2 semaines elle remplit tout un programme d’expériences médicales et astrophysiques.
Revenue sur Terre, moins d’un an après, et suite aux élections présidentielles et législatives de 2002, Claudie Haigneré rejoint le gouvernement Raffarin en devenant Ministre de la Recherche jusqu’en 2004, puis Ministre des Affaires Européennes jusqu’en 2005. Par la suite, elle occupe divers postes de haute administration dans les plus grandes entreprises scientifiques et technologiques : Sanofi, L’Oréal, la Cité des Sciences et de l’Industrie… Elle parraine aussi la Cité de l’Espace qui ouvre à Toulouse en 1997. Nantie de nombreuses décorations dont Chevalier de l’Ordre National du Mérite et Grand officier de la Légion d’Honneur, Claudie Haigneré a donné son nom à de nombreux établissements scolaires et promotions de grandes formations scientifiques et techniques.

Jean-Pierre Haigneré voit le jour le 19 mai 1948 à Paris. Il suit le parcours classique de pilote de chasse en suivant le cursus de l’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence (1969) et obtient un diplôme d’ingénieur aéronautique (1971), le brevet de pilote de chasse à Tours (1973), puis pendant 7 ans, il est chef d’escadrille, nommé sur la base de Colmar. Parallèllement, il suit une formation de pilote d’essais au Royaume-Uni dont il sort diplômé, puis supervise la conception du Mirage 2000.
Sélectionné en 1985 par le CNES comme futur astronaute, il est d’abord assigné à la supervision des études du futur avion spatial Hermès et du Caravelle Zéro G.
Désigné suppléant de Michel Tognini en 1992 pour la mission Antarès, il est ensuite titulaire pour Altaïr en 1993, en décollant à bord du Soyouz TM-17 le 1er Juillet pour 3 semaines de séjour à bord de la station MIR, faisant de lui le 4ème astronaute français. Les expériences menées sont basées principalement sur la physique des matériaux et le comportement des fluides en apesanteur.
Mais c’est en tant qu’astronaute de l’ESA qu’il est positionné sur la mission longue durée Perseus. Il décolle le 22 Février 1999 à bord du Soyouz TM-29 (avec entre autres Ivan Bella, premier cosmonaute slovaque !) pour rejoindre la station spatiale MIR (qui coexiste à ce moment-là avec la toute jeune ISS encore très peu constituée) et en revient le 28 Août. Ce qui fait de lui l’astronaute français ayant passé le plus de temps dans l’espace, soit 209 jours en missions cumulées (Thomas Pesquet ayant fait quand à lui le plus long séjour spatial français en une seule mission, soit 196 jours). Jean-Pierre Haigneré effectue aussi le 16 Avril pendant un peu plus de 6 heures une sortie extra-véhiculaire de maintenance et remplacement d’appareils expérimentaux et l’envoi manuel d’un satellite de télécommunications russe. En Juillet, il se trouve en même temps que son collègue et ami Michel Tognini dans l’espace mais dans des véhicules spatiaux différents puisque Michel Tognini effectue son 2ème vol à bord de la navette Columbia STS-93, mais il n’y avait pas de jonction prévue à MIR pour cette mission. Les deux hommes dialogueront par radio ! Tout comme il y aura aussi des séances de communication radio avec des établissements scolaires triés sur le volet.  Jean-Pierre Haigneré sera même témoin depuis MIR de l’éclipse solaire du 11 Août 1999 qui est passée sur la France. Après son retour sur Terre, Jean-Pierre Haigneré devient chef des astronautes à l’ESA à Cologne. Père de Carla, son 3ème enfant (et seule enfant d’un couple d’astronautes français !), il épouse en secondes noces sa maman, Claudie André-Deshays. Réputé très sérieux, Jean-Pierre Haigneré ne s’interdit pas quelques ponctuelles mais douces fantaisies comme de jouer du saxophone dans l’espace et même de faire en 2009 une courte apparition dans le film de Riad Sattouf « Les beaux gosses », où il joue le rôle d’un professeur de technologie expliquant le fonctionnement d’une fusée spatiale !… Tout comme sa célèbre épouse, il est Chevalier de l’Ordre du Mérite et Commandeur de la Légion d’Honneur entre autres.

Spacefacts (Claudie Haigneré, en anglais)

Spacefacts (Jean-Pierre Haigneré, en anglais)

ESA Claudie Haigneré (anglais)

ESA mission Andromède (anglais)

ESA Jean-Pierre Haigneré (anglais)

Les équipages titulaires et suppléants pour la mission Altaïr

Retour de Jean-Pierre Haigneré de la mission Perseus

Claudie Haigneré de retour d’Andromède

 

 

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