Les missions Apollo – Apollo 7, 1er vol réussi

Le programme Apollo a 50 ans ! Pour les circonstances, Welcome Into Space relate le cinquantenaire de chaque mission Apollo à leur date anniversaire.
Le 11 Octobre 1968, il y a 50 ans, décollait la fusée Saturn I-B avec le module de commande Apollo 7 transportant 3 hommes : Walter Shirra dit Wally, commandant, Donn Eisele, pilote du module de commande, et Walter Cunningham dit Walt, pilote « à vide » du module lunaire LEM qui n’est pas installé pour cette mission de 11 jours en orbite terrestre. Une mission qui se déroule à merveille techniquement et fait renaître l’espoir. Car c’est la première mission Apollo réussie, ouvrant la voie aux prochaines étapes permettant de se poser sur la Lune pour l’été 1969. C’aurait dû être la deuxième.
Car pour comprendre pourquoi, revenons un peu plus d’un an et demi en arrière.
Un autre équipage, le commandant Virgil Grissom dit Gus (2ème mission Mercury en 1961 et Gemini 3 en 1965), le pilote du module de commande Edward White (qui s’est fait connaître en réalisant la première sortie extra véhiculaire en juin 1965 lors de Gemini 4) et Roger Chaffee (qui n’a encore jamais volé dans l’espace, ce qu’on appelle un « bleu » dans le jargon militaire aérospatial) devait piloter la toute première mission Apollo, simplement appelée Apollo 1, le 21 Février 1967, en orbite terrestre pour commencer et à partir d’une fusée Saturn I-B.
Un mois auparavant, le 27 Janvier, le trio devait faire une simulation de décollage, mais dans les conditions les plus proches possibles du réel. Ils s’installent à bord d’Apollo au sommet de la Saturn I-B sur le pas de tir 34, mais celle-ci est dépourvue de carburants indispensables pour le décollage. Des problèmes mineurs de communication et une mauvaise odeur apparaissent, apparemment non dangereux au premier abord mais très agaçants pour l’équipage. Mais le pire était à venir : l’atmosphère était d’oxygène à 100%, et dans ces conditions l’activation d’un système par Grissom a entraîné un incendie brutal, violent. L’équipage crie mais le système d’ouverture de la trappe est complexe à ouvrir et est fatale à la sécrité des astronautes qui meurent brûlés et asphyxiés en moins d’une minute. Bien que le centre de contrôle ait tenté de continuer à communiquer avec eux et que les équipes de sécurité se soient précipitées sur les lieux, il était déjà trop tard.
La commission d’enquête, dont a fait partie Franck Borman, astronaute de Gemini 7 l’année précédente et Apollo 8 plus tard, a montré que de nombreux fils électriques étaient très mal isolés et très mal connectés et c’est celui sous le siège de Grissom qui, dénudé, a provoqué une étincelle lors de l’activation électrique et entraîné l’incendie mortel, hélas facilité par l’oxygène pur. La trappe de sortie était dotée d’un fonctionnement bien trop complexe et donc néfaste pour le secours des astronautes, puisqu’elle ne pouvait être ouverte qu’en deux minutes. Et la position désordonnée des 3 corps montrait qu’ils avaient tout tenté pour sauver leur peau…
Le pari de John Kennedy de déposer au moins un équipage sur la Lune avant 1970 était compromis. Il fallait absolument le gagner. Aussi le module de commande a été réétudié en profondeur : l’atmosphère est composée d’air (soir 80% d’oxygène et 20% d’azote comme l’air naturel que nous respirons sur Terre), l’isolement des fils électriques, câbles et autres tuyaux renforcés et leur installation mieux sécurisée et isolée, des matériaux non-inflammables, la trappe de sortie dotée de boulons pyrotechniques permettant son ouverture en 2 secondes seulement, nouveaux scaphandres, etc…
Enfin, c’est dans un module Apollo différent et mieux sécurisé que volent Schirra, Eisele et Cunningham. Wally Shirra est le seul astronaute à avoir piloté dans 3 types de vaisseaux différents : Mercury (Octobre 1962), Gemini 6 (Décembre 1695) et la capsule de cette mission Apollo 7. Ses 2 coéquipiers Donn Eisele et Walt Cunningham sont des « bleus ». On distingue les 2 Walter par leurs surnoms Wally et Walt pour éviter des confusions. Leurs suppléants sont Thomas Stafford, Eugene Cernan et John Young (affectés par la suite à Apollo 10). Le module lunaire LEM n’étant pas encore au point, il était préférable que la mission se passe en orbite terrestre et soit lancée par la fusée Saturn I-B, plus petite et moins puissante que sa grande soeur Saturn V qui enverrait les équipages suivants autour de la Lune puis sur la Lune. Le module devait porter le nom de Phoenix, dans l’idée que le programme Apollo, après le drame d’Apollo 1, renaissait de ses cendres, à la manière de l’oiseau du même nom dans la mythologie gréco-romaine. Mais la NASA rejette l’idée.

Patch de la mission et équipage d’Apollo 7 (de gauche à droite : Walt Cunningham, Donn Eisele et Wally Shirra)

   

Techniquement, il n’y a eu aucun incident à déplorer, seulement quelques problèmes mineurs et non vitaux, les objectifs étaient remplis et le fonctionnement de la nouvelle cabine Apollo était confirmé. Mais l’ambiance à bord n’était pas des plus heureuses : les 3 hommes étaient sérieusement enrhumés, le changement de la répartition des fluides dans l’organisme humain en apesanteur n’arrangeait rien, et encore moins leur humeur ! Tous râlaient sans cesse, surtout Schirra, et parlaient agressivement aux équipes de contrôle au sol, critiquant tout, refusant même d’effectuer certaines tâches. Mais ils devaient aussi prendre sur eux à certains moments, car pour la première fois les caméras diffusaient en direct des images de la mission, donnant lieu à quelques séquences amusantes que l’équipage avait baptisé « The Wally, Walt and Donn show », qui ne pouvaient être diffusées que quelques dizaines de minutes par jour selon les moments où Apollo 7 était dans le champ de captation télé et radio des stations au sol. Quelques semaines plus tard, invités à une soirée de cérémonie au Johnson Space Center, l’équipage a même reçu un Emmy Award récompensant leurs prestations télévisuelles !

Une séquence télévision comique avec Donn Eisele (à gauche) et Wally Shirra (à droite), Walt Cunningham tenant la caméra, et l’étage Saturn IV-B vu de la capsule Apollo 7

   

Le 22 Octobre, l’équipage amerrit sain et sauf dans l’océan Atlantique, au sud-est des Bermudes, à 13 km du porte-avions Essex qui se charge de la récupération du module et des 3 hommes.
Sur le plan humain, le comportement de Shirra, Eisele et Cunningham a eu des conséquences défavorables pour la suite de leurs carrières spatiales : Shirra qui avait derrière lui 3 vols avait déjà planifié avant Apollo 7 de quitter la NASA une fois la mission effectuée, mais ses 2 coéquipiers ne seront plus jamais affectés à des missions spatiales… Quant au fameux rhume qui les a perturbés, les 3 hommes ont utilisé un célèbre médicament, encore utilisé de nos jours, y compris dans nos pharmacies françaises, et pour l’anecdote Shirra en est même devenu l’ambassadeur publicitaire dans les années 70 et 80 !
Aujourd’hui seul Cunnigham est encore vivant (86 ans), Shirra étant décédé en 2007 et Eisele en 1987.

L’équipage d’Apollo 7 au retour sur le porte-avions Essex qui les a récupérés, entourés du personnel marin (de gauche à droite Wally Shirra, Donn Eisele et Walter Cunningham)

Malgré tout, la réussite du vol Apollo 7 ouvrait la voie à l’étape suivante, prévue dans Apollo 8 en décembre 1968 : se mettre en orbite lunaire et découvrir pour la première fois, via des yeux humains, la face cachée de la Lune… (suite au prochain épisode)

Capcom Espace

Max Q

De la Terre à la Lune page 1

De la Terre à la Lune page 2

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